Déménagement
En raison de soucis techniques sur cette adresse, le blog a déménagé ici :
Le blog d'Yves Ballu, Cairn
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En raison de soucis techniques sur cette adresse, le blog a déménagé ici :
Le blog d'Yves Ballu, Cairn
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Merci de tout cœur à Nerilka qui a réalisé ce blog avec gentillesse (je
peux en témoigner) et maestria (ça saute aux yeux). Du coup, je me suis
lancé à mon tour, sur les conseil du très Exigeant... Gilles que je
salue bien amicalement. Dès que j'aurai un peu de temps, je complèterai
ce "bébé blog" (comme le qualifie délicieusement Nerilka). En attendant
des réactions... auxquelles je m'efforcerai de répondre.
Donc, bienvenue à tous sur ce blog ouvert à la discussion.
Yves BALLU
Philippe Cornuau, connu pour avoir ouvert une voie historique dans la face nord des Droites (massif du Mont Blanc), était journaliste. C'est lui qui a recueilli les confidences de Louis Lachenal, en vue de la publication d'un ouvrage autobiographique que Lachenal ne se sentait pas capable d'écrire seul. A la mort de ce dernier, (tombé dans une crevasse de la Vallée Blanche le 25 novembre 1955), Maurice Herzog et son frère Gérard sont venus chez Philippe Cornuau récupérer le texte dactylographié pour le publier. Le livre paru sous le titre "Carnets du vertige" est le résultat d'une rééctiture effectuée par Gérard Herzog (qui a signé le livre), après un "remaniement" effectué par Maurice Herzog et Lucien Devies (président de la Fédération Française de la Montagne), qui ont "corrigé" certains passages et supprimé un chapitre entier relatif à l'Annapurna. Le texte intégral a été publié bien plus tard (1996) par les éditions Guérin, à partir d'un manuscrit conservé par Jean-Claude Lachenal, l'un des deux fils de Louis Lachenal.
Philippe Cornuau est donc un témoin essentiel dans la véritable histoire de l'Annapurna.
Il m'a envoyé cette lettre dans laquelle il décode les correspondances avec les protagonistes de la véritable histoire de l'Annapurna. Un (presque) sans faute : la remarque concernant le président imaginaire de la Fédération de la Montagne Stanislas Laurier et le vrai - Lucien Devies (qui fut un très grand président) est parfaitement exacte : il n'y a aucune correspondance entre les deux personnages. Philippe Cornuau a juste oublié de rapprocher son nom avec celui de Christian Piton (CP). Peut-être par crainte de subir le même sort !...
Quant au "criquet" (l'altimètre), c'est bien Larcher qui l'a remis à la bonne hauteur en allant gravir seul le Namche Barwa. La chose n'est peut-être pas assez explicitée, mais c'est ce que j'ai compris en lisant - pardon, en écrivant - l'histoire...
Merci Philippe, pour ton témoignage, et toutes mes amitiés !
7780 mètres"A côté du roman d'aventures et de
ses extravagances, le piquant de l'ouvrage réside dans les références
évidentes à l'Annapurna. Les protagonistes d'abord sont facilement
identifiables même sans la similitude voulue des initiales. Le chef
d'expédition Hervé Marion-HM-Herzog Maurice et Louis Souste dit Loustic-
Louis Lachenal (seule exception quant aux initiales) forment la cordée du
sommet. Ils sont recueillis et aidés par Tony Larcher-TL-Terray Lionel et Raymond
Grivel-RG-Rebuffat Gaston. L'équipe comprend encore Claude Joulot-CJ-Couzy Jean
, Sébastien Mirton-SM-Schatz Marcel et André Poulain "le vétéran"-AP-
Allain Pierredit le Vieux, qui n'était d'ailleurs pas à l'Annapurna. Puis le médecin
Olivier Jacquet-OJ-Oudot Jacques, le photographe Igor Morin-IM-Ichac Marcel
et l'officier de liaison Nicolas Fromont-NF-de Noyelle Francis. Cinq autres
participants sont encore nommés qui n'interviennent jamais dans le récit et
sont sans équivalent à l'Annapurna. Il ne faut chercher aucun rapprochement entre
les présidents-organisateurs Stanislas Laurier et Lucien Dévies : outre la
non-concordance, cette fois, des initiales, la confusion est impossible entre deux
personnalités aussi dissemblables. Tout le roman tourne autour d'une
interrogation : la cordée de pointe est-elle allée jusqu'au sommet ? La même
question s'est posée à beaucoup dès le retour des "vainqueurs"
de l'Annapurna, et pour beaucoup elle se pose encore. Les raisons de
douter sont très bien exposées dans le roman. De même pour les raisons
d'occulter à tout prix une possible réponse négative, que ces dernières procèdent
de l'intérêt personnel ou de considérations nationales. Les circonstances ayant
pu entourer un éventuel repli avant le sommet sont imaginées et évoquées
avec beaucoup de vraisemblance.On peut se demander si Ballu n'a pas voulu, avec
ce livre, entr'ouvrir une porte vers un renouveau dela polémique. Et,
semble-t-il, s'offrir accessoirement le plaisir d'égratigner l'aura d'Herzog à
travers son double Marion (modeste passé alpin de celui-ci, son
comportement aux approches du sommet tel que décrit par Souste).En réponse
à la question fondamentale du sommet, le roman comporte en apparence une
contradiction. L'élément capital est la confession de Souste qui reconnaît
formellement que la cordée est redescendue sans atteindre tout à fait le
sommet et s'est livrée délibérément à une imposture. Il n'y aurait aucune vraisemblance,
dans la ligne du récit, pour que cet aveu soit mensonger, et il est au
contraire psychologiquement fondé. Or dans les dernières pages on apprend que
le fameux altimètre, témoin indiscutable du plus haut point atteint, affiche 7780 mètres, soit à
deux mètres près l'altitude du sommet. Une seule circonstance peut résoudre la
contradiction : Larcher, installé au Népal, aurait monté l'altimètre à ces
7780 mètres, au Namche Barwa ou ailleurs, afin de pouvoir, grâce à ce
subterfuge, rasséréner son filleul et sa Dulcinée. La chose n'est sans
doute pas assez clairement explicitée. C'est fort malhonnête mais qu'importe
puisque le film peut ainsi aboutir à l'indispensable baiser final. Happy
end. Lumière."
Philippe Cornuau
Article paru dans le Dauphiné, le 4 janvier
Le nouvel opus d'Yves Ballu: crimes sous les cimes
Il dispose d'un fonds d'archives historiques parmi les plus fournis concernant la montagne. C'est dans le puits de cette science, a priori inoffensive, qu'il puise l'inspiration d'un genre atypique: le polar des sommets.
D'autres sont tout fiers d'exhiber leur dernière Ferrari ou leur cave à vins qui pèse lourd en kilos euros. Lui vous tarabuste avec ses autographes d'alpinistes célèbres et tricentenaires, ses gravures de glaciers, affiches de sports d'hiver, cartes postales et autres "incunables" de Chamonix qu'il collectionne religieusement. Et pour vous attirer dans son antre de 400 m², immense maison bourgeoise de Veurey (Isère) ayant appartenu à une cantatrice, Yves Ballu ne lâche pas l'affaire. Coriace comme un grimpeur à l'attaque d'un surplomb. Ses enfants, son épouse, lèvent les yeux au ciel devant passion aussi envahissante; d'autres doivent crier au "raseur!"
N'empêche, dans le milieu de la montagne, Yves Ballu s'est imposé comme
un érudit. Ce "Pic de la Mirandole" a retracé la grande histoire de
l'alpinisme et s'est damné pour le piolet de Jacques Balmat -
conquérant du mont Blanc -, la correspondance conflictuelle
des premiers ascensionnistes ou une série de plaques de verres
du photographe Couttet immortalisant les touristes en goguette sur la
mer de Glace en 1893. Les états d'âme de Gaston Rébuffat ont provoqué
en lui une excitation telle que bien de l'encre a jailli de sa plume.
Il écrit la nuit et se pose de drôles de questions: pourquoi ne
s'est-il rien passé entre la conquête du mont Aiguille en 1492 et celle
du mont Blanc en 1786? Qu'est-ce qui a donc poussé les hommes à se
hisser soudainement?
Il en suscite également. Toutes ces archives où va-t-il les dénicher?
"Je chine", répond-il elliptique, à Paris, Bruxelles et ailleurs. Et
aujourd'hui il y a e-bay, la vente par internet.
Il avait 23 ans quand un copain savoyard lui a mis entre les pattes les mémoires de Whymper et autres pionniers expansifs. L'élève ingénieur rêve alors de ces parois. À Fontainebleau, en 1965, il a la révélation pour l'escalade et le voilà alpiniste, collectionneur d'ascensions puis de récits d'ascensions. "Collectionner sans but n'a aucun sens. Moi je veux faire partager", assure le grimpeur parisien devenu écrivain en oeuvrant d'abord pour l'encyclopédie de la montagne Atlas ou la revue du Caf avant de dispenser sa science jusqu'au sommet de... l'Etat.
Quand il farfouille dans ses malles, Ballu nostalgique exhume une tribune libre au Monde
signée d'un haut fonctionnaire anonyme. C'était du temps où il était le
monsieur montagne de la ministre des Sports, Edwige Advice sous la
tutelle du ministère du Temps libre, invention de François Mitterrand
que la missive publiée par le grand quotidien du soir descendait en
flèche. Un large sourire fend son visage et Ballu se fait cabotin : "Je
vous donne un scoop. C'était moi l'auteur".
Au remaniement gouvernemental de 1983, le ministre du Temps libre,
André Henry, expérimentait à son tour les vertus de la disponibilité et
disparaissait avec son portefeuille gadget. Mais dans son rôle de
conseiller ministériel, Ballu estime avoir réalisé des choses
constructives: co-rédacteur de la loi montagne, on lui doit la
prolifération de murs d'escalades, les compétitions de grimpe, la
réforme du monitorat de ski, la création de celui d'escalade et le
conseil supérieur des sports de montagne... Son CV, fort disert, relève
de l'autobiographie.
C'est en retraçant le drame de Vincendon et Henry dans Naufrage au mont Blanc, minutieux travail d'enquête, que cet ex-patron de la communication au CEA, prend goût à l'écriture romanesque en 1997. Après une dizaine d'ouvrages, l'historien des sentes dominicales s'est mis à faire son miel des grands et petits faits de la conquête des cimes, empruntant aux icônes de l'alpinisme pour tricoter des romans policiers, des histoires haletantes de meurtres dans l'univers où l'oxygène se fait rare. Et ça marche. "Je suis maître du destin de mes personnages", se régale le démiurge.
Avec Mourir à Chamonix, comme
Frison-Roche avant lui, Ballu a planté son accroche romanesque grâce à
ce fait-divers hors normes de 1934: Guy Labour, l'homme qui passa sept
jours dans une crevasse et qu'un incroyable concours de circonstance
ramènera sur les berges de la vie. "Je suis parti d'un contexte
historique pour adosser ma fiction et la crédibiliser."
Son dernier bébé, la conjuration du Namche Barwa,
prend encore plus d'altitude, et revisite un autre mythe: la conquête
de l'Annapurna, premier 8000, apogée de l'alpinisme colonial. Vendeur.
Dans ce "remake", pure fiction, il est question de conquête patriotique
du dernier des 8000 himalayens. D'entrée de livre, une citation
authentique de Gaston Rébuffat, héros frustré de l'Annapurna, donne le
ton et jette le trouble. Selon le témoignage du guide, Lachenal,
compagnon oublié de Maurice Herzog, aurait été l'objet de censure,
empêché de livrer sa version de l'ascension au risque de perdre son
poste de professeur à l'école nationale de ski et d'alpinisme.
Forcément toute comparaison avec des faits réels est loin d'être
fortuite. "Je ne prétends en aucun cas réécrire l'histoire. La question
n'est pas de savoir si Herzog et Lachenal sont allés au sommet. Mais
qu'est-ce qui aurait pu se passer s'ils n'y avaient pas été." Jusqu'à
preuve du contraire...
Car Ballu connaît cette engeance. Les alpinistes, comme tous les autres
hommes, peuvent mentir. Et là-haut, ils sont bien souvent seuls témoins
de leurs actes. Même les photos peuvent tromper. En l'occurrence dans
sa fiction, la cordée n'atteint pas la cime et la préservation de son
mensonge va entraîner meurtres et intrigues avec en toile de fond un
complot mystico barbouzard et une ambiance à la Grangé.
Pour Ballu, la censure imposée aux autres membres de l'expédition de
l'Annapurna en 1950, dont le récit fait la part belle à Maurice Herzog,
a instillé un doute. "Dès lors qu'un témoin a été empêché de parler, on
peut tout imaginer sur ce qu'il avait à dire." L'imagination
s'engouffre dans les non-dits de l'aventure. Ce livre qui ébrèche le
piédestal du "héros de l'Annapurna", il l'a envoyé à Maurice Herzog
avec cette dédicace: "Variante sur une mélodie annapurnienne qu'il
siffle depuis 50 ans". Comme il dit: le roman commence là où les trois
petits points suspendent l'Histoire. Et à ce petit jeu Ballu n'est pas
ballot.
L'article, paru le 4 janvier dans le Dauphiné
a été rédigé par Antoine Chandellier, chef
d'agence à Chamonix, suite à une longue interview qu'il est venu faire à la
maison. Je n'ai pas lu l'article avant diffusion. Si j'en avais eu l'occasion,
j''aurais suggéré quelques corrections. Par exemple la dédicace à Maurice Herzog
n'était pas : "Variante sur une mélodie annapurnienne qu'il siffle depuis 50
ans". Mais "Variante sur une mélodie annapurnienne qu'il "fredonne depuis
58 ans". C'est plus élégant. Et moins agressif. Yves Ballu
Un bout U.Un bout
"Un bout de montagne dans le creux d'une main", photo Yves Ballu
Liens vers "Yves Ballu"
.
.Liens vers "La conjuration du Namche Barwa"
.Liens vers : "Mourir à Chamonix"
.
.Liens vers "Les alpinistes"
* Pelic
.
.Liens vers : "Naufrage au Mont Blanc"'
* France 3 Rhônes Alpes Auvergne
* Le journal des propriétaires - Aravis -
Liens vers : "Gaston Rebuffat, une vie pour la montagne"
.
.Liens vers "Les Alpes à l'affiche"
.
Liens vers "A la conquête du Mont Blanc"
.
Liens vers "L'hiver de glisse et de glace"
Liens vers "Montenvers, écrin de la mer de glace"
Liens multiples
.
.
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(Article paru sur le blog Exigeant, le 12 décembre 2008)
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Jamais facile de parler du plaisir tiré à la lecture d'un livre écrit par
quelqu'un que l'on connait bien.
Yves est un passionné de la montagne et
un passionné tout court.
Je devine qu'il a tiré un plaisir jouissif à
construire l'intrigue, à faire référence, pour s'en moquer, à la vague
ésotérique qui déferle sur les polars. A faire apparaître les coulisses du
pouvoir (présidentiel) pour mieux s'en jouer et souligner combien il est facile
de faire prendre des vessies pour des lanternes...
Il ose aussi instiller le
doute sur les valeurs sacrées des hommes de la Montagne. Et si le mensonge était
possible ? Et si la raison d'état était supérieure à tout ? Et si c'était ainsi
que se construisaient les héros ?
Son livre est un travail ciselé à
l'image de ces montagnards qui passent l'hiver dans les alpages en sculptant le
bois.
Bouffée de fraîcheur, envie croissante d'arriver au dénouement,
Yves nous prend, mine de rien, pour nous emmener très loin. Il nous encorde
soigneusement pour nous hisser au sommet de nos illusions.
J'avais déjà
beaucoup aimé "mourir à Chamonix" et si vous cherchez une idée de cadeau, ce
livre tombe à pic !
Je ne résiste pas au plaisir de vous dévoiler l'image d'Yves dont le regard sans cesse pétillant et malicieux est un réel plaisir.
Pour en savoir un peu plus sur Yves Ballu, c'est ICI.
Pour la vilaine, lien du livre à la FNAC au prix de 18,96 euros
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lire!
Merci de nous le faire découvrir par ta présentation!
too banal : je suis content de savoir que tu erres ici parfois. Sourire. J'espère que tu auras autant de plaisir à le lire que j'en ai eu. Tu nous le diras ?
Ca donne envie !
On le trouve à la Fnac ? A quel prix ?
(encore quelques progrès à faire dans ton métier d'agent littéraire ;-)
vilaine : agent littéraire, surveillant d'écrivaine, je vais bientôt pouvoir quitter l'ANPE :p. Je t'ai mis le lien de la Fnac et le prix en bas de l'article. Bises
Namche Barwa avec une référence à la FNAC, on ne peut s'empêcher de penser à Namche, heu pardon, au sacré Bazaar ;)
Namasté
N'est pas laid : merci pour ce commentaire abscon (dire que c'est du chinois pour moi serait une faute de goût), si tu veux bien nous proposer une grille de compréhension, j'en serais ravi ! ;)
J'ai viens de passer la nuit avec le livre d'Yves Ballu, incapable
de le lâcher... J'ai eu froid dans la montagne, j'ai été épuisée, j'ai
été émue, j'ai eu peur, j'ai souri, j'ai réfléchi, j'ai tremblé, je me
suis indignée, mais je ne l'ai pas lâché avant d'arriver au bout...
Bref j'ai adoré.ce livre, qui emmène sur des chemins escarpés, tortueux
et haletants à souhait.
Merci pour le conseil de lecture, je file acheter l'autre ! :)
NB : Pour Namcha Bazar, c'est à la page 476 ;)
Posté par Nerilka, 06 janvier 2009 à 10:00
Nerilka : promis, juré, je me renseigne auprès d'Yves Ballu pour savoir quand il dédicace son livre dans ton coin !!! ;)
Posté par Exigeant, 06 janvier 2009 à 19:27
Extrait d'un mail reçu d'Yves Ballu :
"Je t'adresse également des
remerciements, car non seulement tu as écrit des belles choses sur ton
Blog, mais tu as, semble-t-il, fait partager ton enthousiasme à
d'autres. J'ai particulièrement apprécié le dernier commentaire de
Nerilka : elle a trouvé dans mon bouquin ce que j'y avais mis, caché
parfois. Quand on écrit une lettre, on l'adresse à quelqu'un. Un livre,
on l'adresse à tout le monde, c'est à dire à personne. On ne choisit
pas ses lecteurs... Alors, quand au détour d'un blog, on a l'impression
d'avoir partagé des émotions, d'avoir fait un bout de chemin, avec l'un
d'eux (ou l'une d'elles), c'est magique ! Un peu comme si on avait
écrit le livre pour lui (ou pour elle). Dans "Mourir à Chamonix", j'ai
essayé de montrer combien les autres sont indispensables - simplement
pour savoir si on existe ("Que vont devenir les autres quand je n’aurai
plus besoin d’eux ?"). C'est quelque chose à quoi je crois profondément
dans ma vie. Pour l'écrivain, c'est peut-être encore plus évident.
Alors, quand on a réussi à épuiser, à émouvoir, à faire peur, sourire
ou réfléchir, à susciter l'indignation... on se dit que ça valait le
coup de se creuser la cervelle, le cœur et les tripes. Et on se
remotive pour... continuer. C'est ce que je suis en train de faire..."
Posté par Exigeant, 14 janvier 2009 à 02:59
Que du bonheur vous m'avez donné quel suspense digne d'un Agatha Christie et tellement humain. On a du mal à vous quitter le matin fatiguée j'attends avec impatience le prochain livre. J'espère que je vais pouvoir trouver vos précédents livres, car la curiosité est l'un de mes plus gros défauts encore un grand merci pour ces moments de pur plaisir je vous dit à très bientôt
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Article paru dans le Dauphiné, le 4 janvier
Le nouvel opus d'Yves Ballu: crimes sous les cimes
Il dispose d'un fonds d'archives historiques parmi les plus fournis concernant la montagne. C'est dans le puits de cette science, a priori inoffensive, qu'il puise l'inspiration d'un genre atypique: le polar des sommets.
D'autres sont tout fiers d'exhiber leur dernière Ferrari ou leur cave à vins qui pèse lourd en kilos euros. Lui vous tarabuste avec ses autographes d'alpinistes célèbres et tricentenaires, ses gravures de glaciers, affiches de sports d'hiver, cartes postales et autres "incunables" de Chamonix qu'il collectionne religieusement. Et pour vous attirer dans son antre de 400 m², immense maison bourgeoise de Veurey (Isère) ayant appartenu à une cantatrice, Yves Ballu ne lâche pas l'affaire. Coriace comme un grimpeur à l'attaque d'un surplomb. Ses enfants, son épouse, lèvent les yeux au ciel devant passion aussi envahissante; d'autres doivent crier au "raseur!"
N'empêche, dans le milieu de la montagne, Yves Ballu s'est imposé comme
un érudit. Ce "Pic de la Mirandole" a retracé la grande histoire de
l'alpinisme et s'est damné pour le piolet de Jacques Balmat -
conquérant du mont Blanc -, la correspondance conflictuelle
des premiers ascensionnistes ou une série de plaques de verres
du photographe Couttet immortalisant les touristes en goguette sur la
mer de Glace en 1893. Les états d'âme de Gaston Rébuffat ont provoqué
en lui une excitation telle que bien de l'encre a jailli de sa plume.
Il écrit la nuit et se pose de drôles de questions: pourquoi ne
s'est-il rien passé entre la conquête du mont Aiguille en 1492 et celle
du mont Blanc en 1786? Qu'est-ce qui a donc poussé les hommes à se
hisser soudainement?
Il en suscite également. Toutes ces archives où va-t-il les dénicher?
"Je chine", répond-il elliptique, à Paris, Bruxelles et ailleurs. Et
aujourd'hui il y a e-bay, la vente par internet.
Il avait 23 ans quand un copain savoyard lui a mis entre les pattes les mémoires de Whymper et autres pionniers expansifs. L'élève ingénieur rêve alors de ces parois. À Fontainebleau, en 1965, il a la révélation pour l'escalade et le voilà alpiniste, collectionneur d'ascensions puis de récits d'ascensions. "Collectionner sans but n'a aucun sens. Moi je veux faire partager", assure le grimpeur parisien devenu écrivain en oeuvrant d'abord pour l'encyclopédie de la montagne Atlas ou la revue du Caf avant de dispenser sa science jusqu'au sommet de... l'Etat.
Quand il farfouille dans ses malles, Ballu nostalgique exhume une tribune libre au Monde
signée d'un haut fonctionnaire anonyme. C'était du temps où il était le
monsieur montagne de la ministre des Sports, Edwige Advice sous la
tutelle du ministère du Temps libre, invention de François Mitterrand
que la missive publiée par le grand quotidien du soir descendait en
flèche. Un large sourire fend son visage et Ballu se fait cabotin : "Je
vous donne un scoop. C'était moi l'auteur".
Au remaniement gouvernemental de 1983, le ministre du Temps libre,
André Henry, expérimentait à son tour les vertus de la disponibilité et
disparaissait avec son portefeuille gadget. Mais dans son rôle de
conseiller ministériel, Ballu estime avoir réalisé des choses
constructives: co-rédacteur de la loi montagne, on lui doit la
prolifération de murs d'escalades, les compétitions de grimpe, la
réforme du monitorat de ski, la création de celui d'escalade et le
conseil supérieur des sports de montagne... Son CV, fort disert, relève
de l'autobiographie.
C'est en retraçant le drame de Vincendon et Henry dans Naufrage au mont Blanc, minutieux travail d'enquête, que cet ex-patron de la communication au CEA, prend goût à l'écriture romanesque en 1997. Après une dizaine d'ouvrages, l'historien des sentes dominicales s'est mis à faire son miel des grands et petits faits de la conquête des cimes, empruntant aux icônes de l'alpinisme pour tricoter des romans policiers, des histoires haletantes de meurtres dans l'univers où l'oxygène se fait rare. Et ça marche. "Je suis maître du destin de mes personnages", se régale le démiurge.
Avec Mourir à Chamonix, comme
Frison-Roche avant lui, Ballu a planté son accroche romanesque grâce à
ce fait-divers hors normes de 1934: Guy Labour, l'homme qui passa sept
jours dans une crevasse et qu'un incroyable concours de circonstance
ramènera sur les berges de la vie. "Je suis parti d'un contexte
historique pour adosser ma fiction et la crédibiliser."
Son dernier bébé, la conjuration du Namche Barwa,
prend encore plus d'altitude, et revisite un autre mythe: la conquête
de l'Annapurna, premier 8000, apogée de l'alpinisme colonial. Vendeur.
Dans ce "remake", pure fiction, il est question de conquête patriotique
du dernier des 8000 himalayens. D'entrée de livre, une citation
authentique de Gaston Rébuffat, héros frustré de l'Annapurna, donne le
ton et jette le trouble. Selon le témoignage du guide, Lachenal,
compagnon oublié de Maurice Herzog, aurait été l'objet de censure,
empêché de livrer sa version de l'ascension au risque de perdre son
poste de professeur à l'école nationale de ski et d'alpinisme.
Forcément toute comparaison avec des faits réels est loin d'être
fortuite. "Je ne prétends en aucun cas réécrire l'histoire. La question
n'est pas de savoir si Herzog et Lachenal sont allés au sommet. Mais
qu'est-ce qui aurait pu se passer s'ils n'y avaient pas été." Jusqu'à
preuve du contraire...
Car Ballu connaît cette engeance. Les alpinistes, comme tous les autres
hommes, peuvent mentir. Et là-haut, ils sont bien souvent seuls témoins
de leurs actes. Même les photos peuvent tromper. En l'occurrence dans
sa fiction, la cordée n'atteint pas la cime et la préservation de son
mensonge va entraîner meurtres et intrigues avec en toile de fond un
complot mystico barbouzard et une ambiance à la Grangé.
Pour Ballu, la censure imposée aux autres membres de l'expédition de
l'Annapurna en 1950, dont le récit fait la part belle à Maurice Herzog,
a instillé un doute. "Dès lors qu'un témoin a été empêché de parler, on
peut tout imaginer sur ce qu'il avait à dire." L'imagination
s'engouffre dans les non-dits de l'aventure. Ce livre qui ébrèche le
piédestal du "héros de l'Annapurna", il l'a envoyé à Maurice Herzog
avec cette dédicace: "Variante sur une mélodie annapurnienne qu'il
siffle depuis 50 ans". Comme il dit: le roman commence là où les trois
petits points suspendent l'Histoire. Et à ce petit jeu Ballu n'est pas
ballot.
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